La détresse des victimes des dégâts miniers

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Jean-Michel et Astrid Buchheit: 'Il faut qu'il y ait un mort pour que les choses avancent!>
Dans leur maison insalubre, la famille Buchheit vit depuis plusieurs mois dans l'incertitude. Alors que toutes les maisons de leur rue de Rosbruck sont en passe d'être détruites, la leur sera seulement réparée... alors qu'elle est une des plus abîmées! Et le couple n'arrive pas à se faire entendre du service dégâts miniers des HBL.

"Mon père est mort à la mine, mon beau-père est mort à la mine, et maintenant, la mine est en train de nous tuer à petit feu.> Désabusée, Astrid Buchheit évoque sa situation en se tordant les mains, les yeux dans le vide. Dans sa cuisine, la table, la gazinière, le frigo... sont posés sur des cales. Les conséquences des dégâts miniers: à force d'effondrements de terrain dûs à la technique du foudroyage employée sous leur village de Rosbruck, leur maison, qui abrite aussi leur bureau de tabac, penche désespérément. Si fort qu'on sent la pente en marchant.

Mais c'est encore un moindre mal. Car leur maison de la rue Saint-Hubert, en plus de pencher, est fissurée à faire peur. Dans leur salon, aucun mètre carré des quatre murs n'est épargné. Et que dire de la chambre de leur fils, Jonathan, située juste au dessus? Les posters de voitures sont là pour cacher la misère. Pas assez pour qu'on ne remarque pas les traces d'infiltrations sur le papier peint. "L'humidité vient de dehors, explique Jean-Michel, le père de famille. Quand il pleut, l'eau s'infiltre dans les fissures et traverse tout le mur. Et pourtant, il fait au moins 60 cm de large. C'est de la construction ancienne!>

Réparer la maison!

La sonnette de la porte du magasin sonne. Astrid se lève, franchit le couloir et va servir le client du tabac. Beaucoup sont les habitués à passer là chaque jour pour acheter leurs cigarettes ou le journal. Ils deviennent, au fil du temps, les témoins privilégiés de l'impuissance de leur buraliste devant les problèmes que posent les dégâts miniers dans le Bassin houiller. En la matière, les Buchheit sont un triste cas d'école.

Dans la rue Saint-Hubert, les maisons seront détruites. Quelques-unes ont déjà été rasées, dont deux ces derniers jours juste à coté du tabac. Le reste suivra dans l'année. Seules deux habitations resteront debout: celle d'un propriétaire qui refuse les propositions d'indemnisation des HBL, et celle des Buchheit, à qui on ne propose pas d'argent. Les experts du service dégâts miniers des HBL estiment étonnamment qu'il est possible de réparer la maison des Buchheit. Pourtant, elle était au milieu d'un ensemble de maisons collées les unes aux autres, le long de toute la rue. Mais, alors que leurs propriétaires ont reçu des indemnisations pour leur destruction, Jean-Michel et Astrid Buchheit attendent toujours une proposition financière.

Le moral à zéro

"Les HBL nous disent qu'ils vont réparer. Mais notre maison est encore dans un pire état que celles de nos anciens voisins>, s'indignent les propriétaires. De plus, la maison ne pourra pas être relevée car il n'y a pas de fondations. Elle est posée sur la roche. Les réparations, avant même qu'elles aient lieu, sont vouées à l'échec, car le terrain continue inexorablement à pencher. "Lors d'une visite la semaine dernière, les responsables du service dégâts miniers des HBL ont annoncé un coût de 150 à 200 000 F pour ces travaux de réfection. Et ils ont clairement laissé entendre qu'entre une réparation et une indemnisation, il y a un rapport de 1 à 10. Ils ont dit que c'était trop cher pour indemniser car il y avait l'habitation et surtout le fond de commerce. Et que si les réparations ne marchaient pas, ils finiraient de toute façon par raser la maison! Nous, on veut une maison neuve à l'endroit de celle-ci, et installer le tabac-presse un peu plus loin, avec les autres commerçants de Rosbruck. Nous voulons garder de l'activité dans le village.>

En attendant, la famille Buchheit vit dans l'incertitude. "On a le moral à zéro, confirme Astrid. Le matin, on se lève avec l'angoisse du lendemain. On voit que partout autour de nous ça se règle, et on est les laissés pour compte. Jonathan a peur de dormir dans sa chambre. Elle est située le long de la maison qui vient d'être arrachée. La nuit, il entend les craquements dans les murs, provoqués par la pression exercée sur la maison. Un trou est apparu dans la cour. Des rats en sont sortis. Dans une baraque comme ça, on ne profite de rien. On n'a plus envie de vivre. Et on est au courant de rien. Les HBL nous ignorent, se moquent de nous. Quand ils viennent visiter la maison, les ingénieurs des HBL sont arrogants et hautains. Ils sont sûrs de gagner, sûrs de leur pouvoir. Ils décident de la vie des gens. Ça ronge tellement qu'on en est malade. Ils attendent qu'il y ait un mort pour que les choses avancent.>

Vincent Debraine.
Paru le : 27/09/02 (Forbach / Environs)


Article écrit par Républicain Lorrain le Jeudi 1 janvier 1970 à 01h00

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